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gites ruraux sarlat
"Neuvic de l'an mil au XXè s."
"Histoire des places et rues du bourg de Neuvic"
"La vie à Neuvic sous la monarchie de juillet"
"Les passages de l'Isle".
"Les mairies de Neuvic"
"Neuvic à la veille de la Révolution"
La vie a Neuvic sous la Monarchie de Juillet


Le choix d'évoquer cette période n'est pas dicté par une préférence particulière pour le règne de Louis-Philippe. Il vient tout simplement, que pour cette époque, nous disposons d'un document important: l'enquête de Cyprien BRARD.

En effet, en 1835, le Préfet Auguste Romieu confiait à Cyprien BRARD, homme de science, l'organisation d'une enquête statistique sur le Département de la Dordogne. Pour la réalisation de cette enquête Brard expédia, au maire des 583 communes du département, un questionnaire de 122 questions classées en trois séries et 5 sous parties -Topographie-Agriculture-Industrie-Hygiène et Santé Publique Antiquités et Curiosités. Les maires répondirent parfois avec réticence, 15% ne répondirent pas, et certains ne répondirent que partiellement.

A Neuvic, à cette époque, le maire était Chapelou, mais c'est l'adjoint De Villesuzanne-Lagarde qui répondit à ce questionnaire. Devant le laconisme des réponses fournies, on peut supposer que l'adjoint n'était pas très au courant des problèmes agricoles, ou que plus simplement il agit prudemment, avec la méfiance du monde rural, face à une enquête pouvant servir à l'établissement d'une nouvelle fiscalité.

A la première question qui demandait s'il existait dans la commune un homme instruit qui s'occupe de l'histoire, des antiquités et curiosités du pays, on trouve la réponse suivante : "le comte de Mellet, Maréchal de camp, domicilié au bourg de Neuvic, s'occupe d'histoire et d'antiquités ("autant qu'il le peut").

Nous apprenons ensuite que l'Isle est navigable depuis peu et que le premier bateau arrive de Libourne à Neuvic, le 25 mars 1835, pour charger du merrain. On exploite à Neuvic des carrières de pierre à bâtir de médiocre qualité remplies de salpêtre et sujettes à la gelée. La commune a beaucoup de fontaines, les plus importantes, celle du Déroc et surtout celle du château qui est "pétrifiante". L'air y est sain>. La commune est traversée par la route de Lyon à Bordeaux, les chemins vicinaux ont été améliorés, mais ils ont encore besoin de beaucoup de réparations.

A cette époque, c'est l'agriculture qui fait vivre le département, 75 à 80% de la population s'y consacre. C'est ce qui explique que ce questionnaire s'intéresse essentiellement à ce domaine. A l'analyse des réponses, on peut considérer qu'à Neuvic, c'est sûrement entre 85 et 90% de la population qui est concernée.

Prairies naturelles de qualité moyenne, les plus médiocres sont sur le Vern, leur produit suffit à nourrir le bétail la moitié de l'année. Pas de prairie artificielles, mais culture du trèfle incarnat. Le prix des prairies naturelles est de 800 fcs le journal (29a et 8 ca) et le rendement est de six quintaux métriques le journal. On ne pratique pas l'assolement triennal et on n'enfouit pas les récoltes en vert pour remplacer le fumier. On ne cultive pas non plus de betteraves fourragères.On n'élève pas de bestiaux, on n'engraisse peu de boeuf, mais beaucoup de cochons. Le boeuf se vend sur le marché de Neuvic et de Mussidan, les cochons sur ceux de Neuvic, Saint-Astier et Grignols. Il n'y a pas plus de dix chèvres sur la commune, mais tous les ans au printemps et durant l'été un chevrier, qui possède un troupeau de 25 à 30 chèvres, vient sur la commune et "on s'en passerait bien, surtout les propriétaires". On dénombre sur la commune : une cinquantaines de chevaux "de mauvaise race", pas d'âne et pas de mulet, 120 paires de boeufs, 50 paires de vaches, 250 moutons ou brebis et 150 cochons.

Il n'y a pas à Neuvic de Comice agricole et le maire note "qu'il est nullement question d'en créer un". Sur tout le département il existe en 1835,12 comices agricoles à Neuvic il faudra attendre 1866 pour que cette manifestation voit le jour.

Les principales cultures sont le froment et le seigle sur la moitié des terres cultivées, sur l'autre moitié pousse le maïs, les pommes de terre et les légumes. On "exporte" un peu de froment, les autres récoltes se consomment dans la commune. Pour les semailles le froment et le seigle sont chaulés."M. le Maréchal de camp de Mellet seul emploie le vitriol". L'usage de la jachère est peu utilisé. Les principaux légumes cultivés sont la rave, la pomme de terre, l'oignon, les haricots, les fèves, les pois, les lentilles et les gesses. Le chanvre est cultivé en pleine quantité. L'influence de la lune est notée pour la culture des pois, des haricots et des pommes de terre, qui sont semés en nouvelle lune, les fèves en vieille lune, de même que l'abattage des arbres. En ce qui concerne la vigne "la vieille vigne doit être taillée en nouvelle lune et vice versa". La terre est travaillée à la bêche et à la charrue, aucun autre instrument n'a été introduit. Les frais de culture labour et fumier, sont estimés aux deux tiers de la récolte. Le prix des terres labourables est d'environ 400 fcs le journal. On dénombre beaucoup de métayers et de bordiers, mais très peu de fermiers. Le partage des récoltes se fait par moitié avec les métayers. Les bordiers n'ont que le tiers. Quelques propriétaires prélèvent avant le partage avec le métayer, sur le blé seulement, une certaine quantité de la récolte pour le titre de rente. Un métayer exploite en moyenne 15 journaux de terre labourable. La culture de la vigne se pratique sur 20 journaux pour l'ensemble de la commune (soit environ 6 ha). On donne à la vigne deux façons à la bêche, les variétés de raisin cultivés sont le Côte Rouge, le Chevrier et le Périgord. Il n'y a pas à Neuvic de cru renommé, le rendement est de deux hectolitres de vin par journal et le prix de la terre plantée en vigne est de 150 fcs le journal. On laisse cuver la vendange de 15 jours à 3 semaines. Il ne se fait pas d'eau-de-vie dans la commune et on jette le marc au fumier après l'avoir pressé. La commune a suffisamment de bras pour les récoltes et il ne vient pas d'étrangers pour aider durant cette période. Le nombre de paysans propriétaires est important, mais il n'a pas augmenté depuis trente ans. La brasse de bois (6 pieds de hauteur autant de longueur et trois de largeur) se vend 12 fcs. Le taillis se vend entre 70 et 80 fcs le journal.

Il n'y a dans la commune aucune usine ou manufacture. Un four (situé sur la garenne entre Planèze et Puy-de-Pont) fabrique des briques et des tuiles, les prix sont de 2,50 fcs le cent de tuiles et 1,25 le cent de briques, la chaux coûte 4 fcs la barrique. Il y a 6 métiers à tisser qui ne travaillent qu'une partie de l'année. Deux sabotiers fabriquent des sabots pour les seuls habitants de la commune et on ne fabrique pas de paniers. Il y a très peu de "ruches à miel" et point de vers à soie. On récolte très peu de truffes et "le propriétaire n'en profite pas". On dénombre un moulin sur l'Isle (à Planèze) avec 4 meules et 1 foulon et 4 sur le Vern (Moulin du Pont, de Villeverneix, des Cinq Ponts et de la Veyssière) qui ont chacun deux meules et un pressoir à huile.

Sur le chapitre de l'hygiène et de la santé, nous apprenons que dans l'ensemble, les habitants sont d'une assez bonne constitution. Que les aliments habituels sont la soupe, le maïs, la pomme terre et les châtaignes. Le pain est fabriqué avec du froment auquel on mélange du seigle ou des fèves pour 1/3 environ. La moitié seulement des habitants de la commune boit du vin ou de la piquette, aussi on ne compte que 4 ou 5 ivrognes. L'usage de servir du café ne s'est pas encore introduit dans les cabarets de la commune. Quand ils le peuvent, les Neuvicois font chabrol "pour leur plaisir". Le vêtement journalier des paysans est fait de toile en été et de cadis en hiver. La commune compte deux officiers de santé et une sage-femme mais aucune matrone. L'âge le plus avancé auquel les Neuvicois parviennent est 70 ans. On compte dans la commune une dizaine de pauvres qui vivent d'aumônes et leur nombre est sans augmentation. La commune ne compte pas de mendiant; mais on dénombre 20 à 30 goitreux, dont "on n'en connaît pas la cause".

La dernière série de ces questions avait pour titre " Antiquités et Curiosités", à la question, existe-t-il quelque châteaux ou quelque église en ruines, il fut répondu : "Frateau porte encore le nom de château", ce qui tente à prouver que déjà à cette date le château de Frateau était en ruines. C'est la seule question à laquelle il fut répondu à cette série.

Quel crédit pouvons-nous attribuer à cette enquête pour nous faire une idée de ce qu'était Neuvic à cette époque? C'est certainement un très bon témoignage historique, mais qui ne fouille pas vraiment en détail la vie en ce temps là. Il faut constater que cette enquête ne comportait aucune question sur l'école, ni sur l'artisanat et le commerce. Pour nous situer un peu mieux dans cette période, voici quelques données statistiques: en 1804 la commune comptait 1811 habitants et à la même date le nombre des maisons du bourg était de 54. En 1836 le nombre d'habitants de la commune était de 2255 et le nombre des maisons du bourg 70. Cette augmentation de prés de 25% de la population en 32 ans s'explique en partie par l'allongement de la durée de vie qui est passé en moyenne dans le département, de 28 ans avant 1789, à un peu plus de 36 ans en 1836. Une autre statistique intéressante, c'est celle des conscrits illettrés, pour la période allant de 1833 à 1842, le canton de Neuvic se place au-dessus de la moyenne du département avec 65% d'illettrés (plusieurs cantons du nord du département comptent à cette époque, entre 80 et 94% d'illettrés).

On remarque, également l'influence du comte de Mellet qui paraît grande auprès de la municipalité, nous sommes, il est vrai, sous la Monarchie de Juillet et il est membre du Conseil Municipal. Il est présenté comme le seul érudit de la commune et il est le seul propriétaire à faire utiliser le "vitriol" pour traiter les semences de blé. Il fait partie de ces "notables éclairés" qui sous la Monarchie de Juillet puis sous le Second Empire ont essayé de mettre en avant les nouvelles méthodes de cultures, sans toute fois adopter des manières plus libérales dans la gestion de leurs domaines.

En 1835 à Neuvic, il n'existe aucune usine ou manufacture, l'industrie du cuir ne fera son apparition qu'en 1884. C'est donc à l'époque, une commune dont la seule activité est l'agriculture et il apparaît que, comme dans l'ensemble du département on y pratique une polyculture vivrière aux techniques archaïques, de faible productivité et guère différente de ce qu'elle était au 18ème siècle, mis à part la culture de la pomme de terre qui a connu une forte progression depuis les années 1789-1790. L'élevage tient une place médiocre, du fait de l'absence des prairies artificielles. Et à la lecture des réponses, on se rend bien compte que peu ou pas de produits agricoles sont vendus et que le paysan vit en autosubsistance, avec tout ce que cela comporte comme conséquence les années où les récoltes sont mauvaises. On voit aussi que l'alimentation d'alors est pauvre et surtout monotone et que la gastronomie, qui fait aujourd'hui la renommée du Périgord, n'était pas à cette époque, de mise à la table des métayers et des bordiers.

Dans cette vaste étude sur le département, Neuvic n'apparaît pas comme une commune déshéritée, loin de là. Il faut dire que l'image d'ensemble que donne l'enquête de Brard sur la Dordogne est celle d'un monde rural pauvre, archaïque et apparemment immobile. Cette situation évoluera très lentement, cependant à Neuvic on peut penser que l'apparition en 1884 de l'industrie du cuir, puis de la chaussure, apportera au monde rural une évolution différente qui permettra, pendant de nombreuses années, la survie de petites exploitations agricoles par l'apparition d'une nouvelle classe sociale qui mènera en même temps, une double activité ouvrière et agricole. Mais ceci est une autre partie de l'histoire de Neuvic, que nous évoquerons une autre fois...



J.J. Elias (Bulletin municipal de Neuvic: Janvier 1997 )


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