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gites ruraux sarlat
"Neuvic de l'an mil au XXè s."
"Histoire des places et rues du bourg de Neuvic"
"La vie à Neuvic sous la monarchie de juillet"
"Les passages de l'Isle".
"Les mairies de Neuvic"
"Neuvic à la veille de la Révolution"
Neuvic de l'an mil au XX siecle

En ce début du 3ème millénaire et du XXIe siècle, il est tentant d'évoquer et d'essayer de décrire ce qu'était Neuvic à ces deux époques. Que sait-on aujourd'hui de Neuvic en l'an mil? Peu de choses, sinon que Neuvic n'existait pas. En effet, comme son nom l'indique, Neuvic (Novo Vicus) est un nouveau village qui s'est créé après l'an mil. Mais auparavant le lieu mythique de Puy-de-Pont et de la colline qui domine les Vallées de L'Isle et du Salembre avait abrité depuis l'époque gauloise, le coeur peuplé de cette contrée.Les plus anciennes mentions écrites la concernant le dénomment, selon de Gourgues : Tongada de Puy de Pont et, selon Lespine : Fortalitium Podît de Ponte. Après l'évangélisation du pays qui voit naître églises et paroisses, apparaîtrait non loin de ce lieu, l'église de Sancti Petri de Arce (Saint-Pierre de la Citadelle).C'est au prêtre de cette église que la famille Astérius possédant la villa gallo-romaine de Puy de Pont aurait confié, quoique païenne, l'éducation de leur fils qui allait devenir l'ermite, fondateur de la cité de Saint-Astier. Il est certain que les déferlements des barbares, des hordes sarrasines, ensuite les pillards Normands,puis les terribles Vikings, dont la dernière incursion date de 865, n'avaient laissé que ruines et désolations sur leur passage, tout au long de la vallée de l'Isle. L'an mil, annoncé comme étant la fin du monde, répand partout une terreur universelle. cependant non loin de ces ruines, va lentement sortir, à proximité d'une fontaine abondante et vénérée, la Font-Saint-Pey,un nouveau village dans le site du bourg actuel. Son église prendra le nom de Ecclésia Sancti de Novo Vic. En 1099, un acte cite le don de cette église à l'abbaye de Saint-Astier.Le nom est désormais fixé. Il ne changera que dans son écriture. Nouvic en 1203, Neufvic en 1703 et enfin Neuvic. Telle était, pour l'essentiel, la situation de Neuvic aux environs de l'an mil. Il faut en retenir, que la Font-Saint-Pey est le lieu, qui depuis prés de mille ans, représente en quelque sorte l'acte de naissance de notre cité. C'est un patrimoine inestimable qu'il est de notre devoir d'entretenir et de conserver en témoignage de nos origines.

Nous allons à présent nous pencher, plus longuement, sur Neuvic à la fin du XIXé et au début du XXé siècle.

De nombreux documents importants existent et permettent de retracer ce qu'était Neuvic il y a un siècle. Deux documents importants, pour constater et mesurer l'évolution de notre cité à cette période, sont les deux recensements réalisés à dix ans d'intervalle en 1891 et 1901.

Durant ces dix années, la population avait très largement augmenté, passant de 2.204 en 1891, 2.280 en 1901 Mais ce qui paraît le plus significatif, dans l'observation de ces documents, est l'évolution des différentes catégories sociales durant cette période, mais également par rapport à la situation actuelle.

Observons tout d'abord les structures administratives qui existaient à Neuvic, au début du siècle. Certaines ont totalement et depuis longtemps disparues: receveur de l'enregistrement, juge et greffier de paix, contrôleur des tabacs et éclusier. Par contre nous avions, comme aujourd'hui, percepteur, receveur des Postes, agent voyer, gendarmerie, secrétaire de mairie, la gare et l'hospice. En ce qui concerne les professions libérales on dénombrait : 2 docteurs, 1 pharmacien, 2 sages-femmes, 1 vétérinaire, 2 notaires, 1 huissier. Pour ce qui est des commerces, en tenant compte de la profonde transformation que ce milieu a subit durant les trente dernières années, on retrouve avec bien sûr des variantes importantes sur certains commerces comme les épiceries (9), aubergistes et cafés (13), à peu prés le même nombre qu'aujourd'hui : bouchers (2), perruquiers (2), quincaillier (1), hôtelier (1), pâtissier (1), marchand de vin (1), débit de tabac (1), marchand drapier (1), négociant en grains (1). Cependant certains n'existent plus de nos jours, ce sont: marchands de chaussures et marchand de bestiaux.

Où l'on mesure d'une manière plus précise les évolutions à travers ce siècle, c'est en observant l'artisanat. Les chiffres suivants concernent les deux recensements de 1891 et 1901*: fileur tisserand (9/1), tailleur (10/7), couturière (29/8), teinturier (0/1), modiste (2/2), cordonnier (9/4), sabotier (6/1), lessiveuse (1/0), lingère (0/1), tailleur de pierre (3/0), tuilier (4/2), maçon (11/6), charpentier (5/3), menuisier (5/6), scieur (2/3), plafonnier (1/0), plâtrier peinture (0/1), terrassier (2/1), forgeron (6/3), serrurier (3/0), ferblantier (1/1), maréchaux-ferrants (3/5), charron (5/5), sellier (0/1), rémouleur (0/1), chaisier (1/0), voiturier (0/1), charretier (1/1), pêcheur (1/0), chevrier (1/2).

(*) Le premier chiffre est celui de 1891, le second de 1901.

Le changement le plus marquant sur ces dix années (1891-1901) s'observe sur les métiers de l'habillement, tisserands, tailleurs et couturières. Dans ce domaine se dessine l'amorce de l'abandon de l'utilisation de produits récoltés pour se vêtir tel le chanvre, le lin et la laine, pour s'approvisionner vers des articles de confection, ce qui explique la réduction du nombre des tisserands, de couturières et de tailleurs. Il faut savoir qu'à cette époque les couturières et les tailleurs se déplaçaient à domicile pour confectionner sur place les habits avec les tissus locaux fournis par les utilisateurs; ils restaient souvent plusieurs jours dans une ferme où ils étaient nourris et quelquefois logés et taillaient des habits pour toute la maisonnée pour l'année.

C'est vraiment avec le début du siècle que s'installe à Neuvic l'industrie de la chaussure. En effet, en 1891, la maison Beauregard est déjà installée sur le site de l'ancien moulin de Planèze, c'est une messagerie qui peu à peu va transformer les peaux de mouton qu'elle traite en chaussons et chaussures. En 1901, lors du recensement, 78 personnes déclarent être employées de cette entreprise qui comptaient plus de 200 emplois. Déjà à cette époque le recrutement du personnel dépassait largement le cadre de la commune.

En 1901, il y a la société des terres réfractaires qui emploie 8 personnes, cette entreprise qui exploita des filons de terre réfractaire sur Saint-Germain-du-Salembre, au-dessus de Puyguiller et à Neuvic, à Leygonie, poursuivra cette exploitation avec quelques interruptions jusque dans les années 50/60.

C'est donc au début du siècle, les deux seules industries que compte Neuvic, qui apparaît essentiellement comme une commune rurale.

Voyons à présent ce que nous apprennent ces deux recensements sur l'agriculture.

Tout d'abord les chiffres des deux recensements: propriétaires (170/103), métayers (109/8), fermiers ( 8/0), journaliers (47/13), domestiques (26/48). Si l'on retient purement ces chiffres, on s'aperçoit qu'en dix ans, le nombre des propriétaires et surtout des métayers, se serait réduit de manière très sensible au profit des cultivateurs. Par contre, si nous faisons le total des exploitants agricoles, nous arrivons au chiffre de 287 en 1891 et à celui de 257 en 1901, ce qui paraît plus logique. Ainsi on pourrait supposer que 30 exploitants agricoles ont cessé leur activité pour aller travailler en usine ou ailleurs. Cette période marquerait ainsi le début de l'exode rural qui allait par la suite frapper fortement le département de la Dordogne, mais épargner partiellement Neuvic, grâce notamment à la montée en puissance de l'industrie de la chaussure qui allait employer sur place, ceux qui abandonnaient la terre, mais également ceux qui allaient poursuivre une activité agricole tout en allant travailler à l'usine.

Pour en terminer avec les données de ces recensements, penchons-nous sur une catégorie sociale qui de nos jours est en voie de disparition: les rentiers, ils sont 10 en 1891 et 27 en 1901. La qualité de retraité n'apparaissant pas, et pour cause, à cette époque, on peut supposer que de nos jours ils se déclareraient comme tel.

Voyons à présent des points plus précis sur la vie de Neuvic en ce début de siècle, tout d'abord les écoles.

L'école de filles est construite depuis 1891, celle de garçons est seulement construite depuis 1898. Sa construction et surtout le choix de l'emplacement a amené au sein du Conseil Municipal une énorme polémique qui a duré durant prés de dix années, amenant le préfet à prononcer la dissolution du Conseil Municipal en 1895. De nouvelles élections eurent lieu, mais la polémique continua. C'est finalement le préfet qui imposera l'emplacement de l'école de garçons, à côté de la gendarmerie. Le Conseil accepte "mais proteste contre la violence qui lui est faite, malgré la parole solennelle donnée par monsieur le préfet".

L'école de filles compte quatre classes, celle de garçons n'en compte que trois.

En effet, l'école laïque de garçons a une concurrence sérieuse avec l'école confessionnelle des frères Maristes. Cette école, fondée en 1859, sous l'impulsion et avec la participation financière de Charlotte de Mellet, recevait uniquement les garçons et de ce fait l'école laïque de garçons était peu fréquentée. Il faudra attendre la loi de séparation de l'ÉGLISE et de l'ÉTAt et l'interdiction faite d'enseigner aux congrégations pour que cette école ferme définitivement en 1902.

Il existe également une école au But. Cette école avait été ouverte en 1882, par une décision de l'Inspecteur d'Académie et contre l'avis, maintes fois réitéré, du Conseil Municipal. Il est intéressant de noter que durant plus de cinquante ans tous les conseils Municipaux qui se succèderont, de tendances politiques différentes, demanderont la fermeture de l'école du But et refuseront de voter les crédits pour son fonctionnement.

En ce début de siècle, le milieu associatif est pratiquement inexistant. On trouve cependant le Comice Cantonal de Neuvic, fondé en 1865, la Société de Secours Mutuels "Union Ouvrière" de Neuvic fondée en 1868. Il existe également une fanfare municipale. La Caisse des Écoles fut créée le 10 juin 1900. Les associations sportives ne verront le jour qu'après la promulgation de la loi sur les associations en 1901 et bien souvent après la guerre de 14-18.

La seule structure organisée pour s'occuper des jeunes qui avaient des loisirs était l'ÉGLISE. Au début du siècle c'est le chanoine Tocheport qui est curé de Neuvic depuis 1889. Il se montre très actif, avec bien sûr le concours des frères Maristes, pour mettre en place des activités pour les jeunes. Ce qui ne va pas sans créer des tensions au sein de la commune entre les cléricaux et les partisans de la laïcité.

Voyons justement comment se présente la municipalité en 1900. Le Conseil Municipal compte 16 membres dont 12 sont des propriétaires, un médecin, un vétérinaire, un greffier de paix et un ancien juge de paix. La présence d'une école confessionnelle à Neuvic, a été durant prés de quarante ans, la pierre d'achoppement dans la commune et plus particulièrement au Conseil Municipal où s'affrontaient partisans de l'école laïque et les partisans de l'école libre.

En 1900, le maire est Pierre Félix Gaussen, c'est sous ses différents mandats que seront construits l'école de garçons (1898) et la Mairie (1902).

Cependant la commune connaît des difficultés financières, ayant peu de ressources, peu d'industries, peu de commerces, l'essentiel des impôts est payé par les propriétaires qui majoritaires au Conseil Municipal, refusent des investissements qui vont par la suite grever les impôts. C'est ainsi que le Conseil Municipal refuse le 26 novembre 1899 de participer à la création d'un réseau téléphonique entre Périgueux et Neuvic par manque de moyens. Il en sera de même lors de la désignation de la délégation ouvrière à envoyer à l'exposition universelle de Paris, le Conseil Municipal décida de n'envoyer qu'un seul délégué qui avait été désigné par les ouvriers de l'usine Beauregard, il s'agissait de Georges-Ferdinand Lacour, la participation de la commune pour l'envoi d'un délégué à l'exposition universelle était de 60 fcs.

C'est le 12 août 1900 que le Conseil Municipal décida de créer un marché à Neuvic tous les premiers mardi de chaque mois, ceci en plus des foires qui elles se tenaient le troisième mardi.

Pour être complet sur ce tour d'horizon de la commune en 1900, si nos regards se portent vers le château, nous le trouverons vide. En effet, depuis le décès de la dernière descendante de la famille, Charlotte de Mellet, qui s'est éteinte le 23 novembre 1885, son héritier le Comte de Gourami ne fait que quelques courts séjours au château, dont la garde est confiée à un régisseur. Cette tranquillité avait été troublée durant trois années de 1887 à 1889, où à la suite de l'incendie du Grand Séminaire de Périgueux, le château avait été mis à la disposition de l'évêché pour y loger les séminaires.

C'est une image un peu restreinte de ce qu'était notre commune à l'aube du vingtième siècle que je vous ai brossée en quelques lignes. Analyser des chiffres manque un peu de chaleur, décrire des personnages et leur comportement aurait été plus plaisant, le manque de place et surtout de temps ne m'ont pas permis de le faire. Ce n'est que partie remise.

Un siècle s'est écoulé et il paraît aujourd'hui difficile de se faire une idée de ce qu'était la vie quotidienne à cette époque, sans tout le confort dont nous disposons, sans les moyens de communication qui sont les nôtres. Il a fallu qu'en cette fin de siècle la nature, dans un accès de colère nous en prive pour constater combien nous sommes dépendants de ce que le progrès et la technologie nous ont apportés.

J.J. Elias (Bulletin municipal de Neuvic: Janvier 2000)


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